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REVUE PRATIQUE

Pourquoi les joueurs ont-ils des crampes pendant un match de football ?

Les crampes ne traduisent pas automatiquement un manque d'eau, de sel ou de magnésium. Cette revue explique leurs mécanismes possibles, les facteurs favorisant leur apparition et la conduite à adopter pour intervenir, décider d'une reprise et limiter les récidives.

Dernière mise à jour : août 2026

Introduction — Une crampe signifie-t-elle forcément que le joueur manque d'eau ou de sel ?

La scène est familière. En fin de match, un joueur s'arrête, porte les mains à son mollet et ne parvient plus à relâcher le muscle. Sur le bord du terrain, les réponses arrivent aussitôt : il n'a pas assez bu, il manque de sel, il aurait dû prendre du magnésium ou manger une banane.

Ces explications paraissent logiques. Un match entraîne de la fatigue, de la transpiration et des pertes d'eau et d'électrolytes. Pourtant, les sportifs qui ont des crampes ne sont pas systématiquement plus déshydratés ni davantage privés de sodium que ceux qui terminent le même effort sans crampe [1–4].

La crampe musculaire associée à l'exercice demeure un phénomène imparfaitement compris. Les données actuelles suggèrent qu'elle apparaît lorsque plusieurs facteurs propres au joueur et à la situation convergent. Pour les crampes localisées de fin de match, une perturbation du contrôle neuromusculaire liée à une sollicitation devenue difficile à tolérer semble particulièrement plausible [1, 5]. Les pertes hydriques et électrolytiques peuvent néanmoins contribuer à certains tableaux, notamment lorsque la sudation est abondante et les crampes plus diffuses.

Comprendre cette diversité change la conduite à tenir. Il ne s'agit plus d'administrer la même boisson ou le même complément à tous les joueurs, mais de reconnaître la crampe, de rechercher les signes de gravité, de restaurer la fonction puis d'identifier le scénario qui favorise les récidives.

Qu'est-ce qu'une crampe musculaire associée à l'exercice ?

Une crampe musculaire associée à l'exercice est une contraction involontaire, douloureuse et transitoire d'un muscle squelettique, apparaissant pendant l'activité ou peu après [1, 6]. Le muscle devient dur, sa contraction peut être visible ou palpable et le joueur ne parvient pas à le relâcher volontairement.

Les muscles qui traversent plusieurs articulations et travaillent fréquemment pendant l'effort, comme le gastrocnémien, les ischio-jambiers ou le quadriceps, sont souvent concernés. L'épisode peut rester limité à un muscle ou toucher plusieurs régions successivement.

DÉFINITION — Crampe musculaire associée à l'exercice

Contraction involontaire, douloureuse et temporaire d'un muscle squelettique survenant pendant ou immédiatement après un exercice, chez une personne sans cause médicale déjà identifiée expliquant l'épisode.

Cette définition ne couvre pas toutes les douleurs soudaines. Une lésion musculaire peut provoquer une douleur brutale, une perte de force et parfois une sensation de claquement sans contraction involontaire persistante. Une contracture, une courbature, une fasciculation non douloureuse ou un tremblement correspondent également à des phénomènes différents.

La présentation peut évoluer d'un état pré-crampe, avec petites contractions ou sensation annonciatrice, vers une crampe qui oblige à ralentir, puis vers un épisode sévère nécessitant l'arrêt complet. Des crampes généralisées ou accompagnées de signes généraux ne doivent pas être considérées comme une simple version plus forte d'une crampe banale : elles peuvent signaler une affection concomitante nécessitant une prise en charge médicale [1].

Que se passe-t-il dans le muscle et le système nerveux ?

Un muscle se contracte lorsque les motoneurones qui le commandent activent ses fibres. Leur activité dépend du cerveau, de la moelle épinière et des informations sensorielles provenant du muscle, du tendon, des articulations et de la peau.

Les fuseaux neuromusculaires renseignent notamment le système nerveux sur la longueur du muscle et ses variations. Les organes tendineux de Golgi participent à l'information sur la tension. Ces récepteurs ne fonctionnent pas comme deux interrupteurs indépendants, mais contribuent à un réseau d'influences excitatrices et inhibitrices qui règle l'activité motrice.

Le modèle neuromusculaire propose qu'un exercice prolongé ou intense puisse augmenter certaines influences excitatrices et réduire certaines influences inhibitrices. Le motoneurone devient alors plus facile à activer et peut entretenir une décharge involontaire répétée [5, 7].

POUR COMPRENDRE — Un équilibre devenu instable

La crampe ne correspond pas simplement à un muscle « vide » d'eau ou de minéraux. Elle ressemble davantage à une commande motrice devenue momentanément trop excitée pour que le muscle se relâche normalement.

Une partie des connaissances provient toutefois de crampes déclenchées électriquement dans de petits muscles du pied. La fréquence minimale de stimulation nécessaire pour produire une crampe est appelée fréquence seuil. Une fréquence basse est interprétée comme une plus grande susceptibilité. Ce modèle permet des expériences reproductibles, mais une crampe provoquée dans un petit muscle au laboratoire n'est pas identique à celle d'un mollet après soixante-quinze minutes de football.

La fatigue neuromusculaire explique-t-elle les crampes ?

Plusieurs observations sont compatibles avec un rôle de la fatigue : les crampes surviennent souvent tard, touchent les muscles activement utilisés et apparaissent lorsque l'intensité ou la durée dépasse les habitudes du sportif.

Chez 210 triathlètes, 43 ont présenté des crampes. Les changements de masse corporelle et d'électrolytes sanguins ne différaient pas entre les groupes. Les facteurs indépendamment associés étaient un antécédent de crampes et une performance plus rapide, suggérant une intensité relative élevée [3].

Le terme fatigue doit néanmoins être manié avec prudence. Il peut désigner une diminution de la capacité à produire une force, une modification de la commande nerveuse ou une simple sensation d'effort. Une étude ayant fatigué localement un petit muscle du pied a même augmenté la fréquence nécessaire pour déclencher ensuite une crampe, résultat opposé à celui attendu [8].

La fatigue n'est donc ni une mesure unique ni une cause suffisante. La formulation la plus juste est qu'une sollicitation neuromusculaire inhabituelle, prolongée ou supérieure à la préparation du joueur augmente probablement la susceptibilité chez certaines personnes.

Quel rôle jouent l'eau, le sodium et les autres électrolytes ?

La sueur contient de l'eau et différents électrolytes, principalement du sodium et du chlorure. Il est tentant de relier directement ces pertes à la contraction. Pourtant, plusieurs études de terrain n'ont pas observé de différence d'hydratation ou d'électrolytes sanguins entre sportifs avec et sans crampes [2–4].

Une expérimentation a conduit dix hommes à perdre en moyenne 4,7 % de leur masse corporelle, environ 3,9 litres de liquide et 4 grammes de sodium. Cette déshydratation n'a pas modifié la susceptibilité du petit muscle testé lorsque l'exercice de celui-ci était contrôlé [4]. Chez 350 sportifs universitaires, le débit de sudation et les concentrations de sodium, potassium et chlorure dans la sueur ne distinguaient généralement pas les personnes déclarant des antécédents de crampes [9].

Ces résultats montrent que la perte d'eau ou d'électrolytes n'est pas une cause nécessaire de toute crampe. Ils ne prouvent pas qu'elle ne contribue jamais. Une forte sudation, un effort long, la chaleur, des apports insuffisants et une fatigue croissante peuvent se combiner. Des crampes diffuses apparaissant après des pertes importantes orientent vers un contexte différent d'une crampe localisée du mollet en fin de match [10]. Cette distinction est une aide au raisonnement clinique, pas une classification validée permettant d'attribuer automatiquement une cause à chaque présentation.

IDÉE REÇUE

« Une crampe prouve que le joueur manque de sel. »

Une crampe ne mesure ni le sodium perdu dans la sueur, ni le sodium sanguin, ni l'état d'hydratation. Le sel peut être pertinent pour certains joueurs et certaines conditions, mais le symptôme seul ne permet pas de le prescrire.

Le potassium, le calcium et le magnésium participent au fonctionnement neuromusculaire. Une maladie ou une anomalie biologique importante peut provoquer des crampes. Mais chez un joueur par ailleurs en bonne santé, une crampe pendant un match ne diagnostique pas une carence en l'un de ces éléments.

Pourquoi la chaleur semble-t-elle favoriser les crampes ?

La chaleur augmente généralement la sudation et le coût physiologique d'un effort donné. Elle peut accélérer la fatigue, rendre le rythme habituel plus difficile et accompagner un déficit hydrique ou sodé plus important. L'acclimatation et la charge d'entraînement changent souvent en même temps que les conditions météorologiques.

Il devient alors difficile d'isoler la température. Des crampes surviennent aussi par temps frais, et le chauffage passif ne suffit pas à les provoquer. L'expression « crampe de chaleur » ne devrait donc pas être appliquée automatiquement à toute crampe observée en été [1].

La chaleur impose surtout de rechercher une maladie liée à la chaleur. Une confusion, un effondrement, un comportement inhabituel, des vomissements répétés ou une faiblesse profonde ne correspondent pas à une simple crampe à traiter au bord du terrain [11].

Pourquoi certains joueurs sont-ils davantage concernés ?

L'antécédent personnel est l'un des facteurs les plus réguliers [3, 12]. Il ne révèle pas le mécanisme, mais indique qu'un joueur possède une combinaison reproductible de susceptibilité et d'exposition.

Une vaste étude transversale chez des coureurs a retrouvé des associations avec les antécédents de lésions musculaires ou tendineuses, plusieurs maladies chroniques et l'utilisation de médicaments [13]. Ces résultats ne signifient pas que ces facteurs causent directement les crampes. Ils rappellent qu'un épisode récurrent doit être replacé dans l'histoire complète du joueur.

Les éléments à examiner comprennent notamment :

  • une augmentation récente des minutes jouées ;
  • un retour après blessure ou interruption ;
  • un changement de poste ou de rôle ;
  • une intensité inhabituelle ;
  • des matchs rapprochés ;
  • une douleur ou une raideur préalable ;
  • une récupération insuffisante ;
  • des restrictions alimentaires ;
  • une forte sudation ;
  • un nouveau médicament ou une maladie connue.

Aucun de ces éléments ne doit être transformé isolément en diagnostic.

Que sait-on spécifiquement au football ?

Les études spécifiques restent rares. Une série descriptive publiée en 2026 a étudié 85 matchs masculins semi-élites et identifié 38 épisodes de crampes des membres inférieurs ayant entraîné un remplacement. Tous sont survenus en seconde période, avec un maximum entre la 60e et la 75e minute. La moitié concernait des défenseurs et le saut ou la réception était l'action déclenchante la plus fréquente [14].

Ces données sont compatibles avec un rôle du cumul de charge et des actions en appui. Elles ne démontrent pas que les défenseurs sont universellement les plus à risque. L'identification reposait sur les vidéos et seuls les cas suivis d'un remplacement étaient retenus.

Le football associe course, accélérations, freinages, sauts, duels et gestes imprévisibles. Deux joueurs ayant disputé le même nombre de minutes peuvent donc solliciter très différemment un muscle. Le poste nominal doit être complété par le rôle réel et les actions précédant l'épisode.

Les données sont encore plus limitées chez les joueuses et les jeunes. Le format de match, la maturation, le niveau de préparation et la capacité à décrire les symptômes imposent une interprétation propre à chaque population.

Que faut-il faire immédiatement sur le terrain ?

La première action consiste à interrompre l'effort et à mettre le joueur en sécurité. Il faut observer et palper le muscle : une crampe typique comporte une contraction involontaire visible ou palpable qui empêche momentanément le relâchement.

L'étirement statique doux constitue l'intervention immédiate de référence et la mieux soutenue, malgré le nombre limité d'essais comparatifs en situation sportive réelle [1, 6]. Il est appliqué progressivement jusqu'à la diminution de la contraction. Pour le gastrocnémien, le genou est progressivement étendu tandis que la cheville est amenée en flexion dorsale. Pour le soléaire, la même flexion est réalisée avec le genou légèrement fléchi. La position doit être adaptée au muscle concerné et ne jamais être forcée brutalement.

Un massage léger peut rassurer et accompagner le relâchement, mais les preuves spécifiques sont insuffisantes pour en faire le traitement principal. Un massage profond et douloureux pendant la contraction n'est pas justifié.

SUR LE TERRAIN — Conduite immédiate

  1. Arrêter l'effort et sécuriser le joueur.
  2. Vérifier qu'une contraction involontaire est présente.
  3. Rechercher une douleur évoquant une lésion et les signes généraux.
  4. Allonger doucement le muscle jusqu'au relâchement.
  5. Relâcher progressivement et recommencer si nécessaire.
  6. Faire boire selon la soif et le contexte, par petites prises.
  7. Réévaluer la douleur, la force et la coordination.
  8. Tester progressivement les mouvements utiles au football.
  9. Sortir le joueur en cas de récidive ou d'incertitude.
  10. Demander une aide médicale devant tout signe d'alerte.

Boire peut corriger progressivement un contexte hydrique, mais ne remplace pas l'étirement. Il faut également éviter d'imposer rapidement de grands volumes d'eau : boire au-delà des pertes peut diluer le sodium sanguin et devenir dangereux.

Un joueur peut-il reprendre après une crampe ?

La disparition de la contraction ne signifie pas que le muscle a retrouvé sa capacité à produire et répéter les actions du match. Aucun test ni protocole de reprise spécifique aux crampes n'est validé. La séquence proposée ci-dessous est donc une déduction pratique et prudente fondée sur les exigences du football, pas un protocole dont l'efficacité aurait été démontrée. Une crampe résolue n'exclut pas une lésion musculaire concomitante si une douleur focale, une faiblesse ou une gêne persiste.

Le joueur devrait pouvoir effectuer sans douleur, compensation ou nouvelle contraction :

  1. une mobilisation active ;
  2. une contraction progressive du muscle ;
  3. la marche puis un footing ;
  4. des accélérations et freinages progressifs ;
  5. des changements de direction ;
  6. le geste ayant précédé l'épisode.

PRUDENCE — Une crampe disparue n'est pas une fonction restaurée

Une récidive pendant les tests, une faiblesse persistante, une course modifiée ou une incertitude entre crampe et lésion doivent conduire à ne pas reprendre.

Une reprise peut être envisagée après un épisode léger, isolé et complètement résolu. Elle paraît inappropriée si plusieurs muscles sont touchés, si la crampe revient, si l'intervention a été longue ou si le joueur présente une fatigue profonde. Chez un jeune, l'enjeu du match ne doit jamais primer sur l'incertitude.

Eau, électrolytes, magnésium, banane et jus de cornichon : que montrent les preuves ?

L'eau et une boisson glucido-électrolytique peuvent participer à l'hydratation. Le sodium favorise la rétention du liquide et remplace une partie des pertes. Leur effet demande néanmoins du temps et ne constitue pas un antidote immédiat universel.

Chez treize hommes sujets aux crampes soumis à un protocole fatigant en chaleur, une boisson glucido-électrolytique a retardé leur apparition chez ceux qui ont eu une crampe dans les deux conditions. Mais neuf participants sur treize ont tout de même eu une crampe malgré la boisson [15]. Chez neuf personnes sujettes aux crampes, une boisson riche en électrolytes a légèrement modifié le seuil électrique et la douleur, sans prévenir les crampes provoquées [16].

Le magnésium est souvent conseillé sans preuve de carence. Une revue Cochrane n'a trouvé aucun essai contrôlé convaincant portant spécifiquement sur les crampes associées à l'exercice [17]. Les résultats concernant les crampes nocturnes, la grossesse ou certaines maladies ne peuvent pas être transposés automatiquement au football.

La banane apporte des glucides et du potassium, mais les faibles modifications du potassium sanguin observées après son ingestion apparaissent trop tard pour traiter une crampe aiguë [18]. Elle reste un aliment, pas un médicament de bord de terrain.

Le jus de cornichon possède un résultat plus singulier. Chez des hommes déshydratés, environ 1 mL par kilogramme a raccourci une crampe électriquement provoquée d'environ 49 secondes par rapport à l'eau. L'effet était trop rapide pour restaurer les liquides ou les électrolytes ; un réflexe déclenché dans la bouche ou la gorge est proposé [19]. D'autres activateurs sensoriels acides ou épicés ont modifié certains modèles expérimentaux [20, 21].

IDÉE REÇUE — Un remède rapide n'agit pas forcément par ses minéraux

Si le jus de cornichon possède un effet, celui-ci paraît davantage nerveux que lié à son sel. Les expériences disponibles ne prouvent ni une efficacité systématique en match ni une prévention des récidives.

La quinine et les produits qui en contiennent ne doivent pas être utilisés pour traiter ou prévenir les crampes en raison de bénéfices incertains et de risques potentiellement sérieux [1].

Comment prévenir les récidives ?

La prévention commence par la documentation de l'épisode : muscle, côté, minute, action, poste, charge récente, météo, alimentation, boissons, douleurs préalables et signes associés. Plusieurs épisodes décrits de la même façon sont plus informatifs qu'un souvenir général de « crampes fréquentes ».

Le premier objectif physique consiste à réduire l'écart entre les exigences du match et la préparation récente. Selon le scénario, cela peut impliquer une progression de la durée, de la haute intensité, des sprints, des freinages, des sauts, des réceptions et des efforts sous fatigue. Il ne s'agit pas de provoquer une crampe, mais d'augmenter progressivement la tolérance aux actions qui la précèdent.

Le renforcement et la rééducation neuromusculaire sont plausibles lorsque la fatigue locale est suspectée. Le travail peut associer mollet genou tendu, soléaire genou fléchi, ischio-jambiers, quadriceps, fessiers, exercices unilatéraux et actions pliométriques progressives. Chez des marathoniens, 25 % des sportifs avec crampes, contre 47,6 % de ceux sans crampe, déclaraient un renforcement hebdomadaire des membres inférieurs. Cette différence n'était pas statistiquement significative (p = 0,074) et constitue seulement un signal exploratoire, pas la preuve d'un effet préventif [22]. Les concentrations de créatine kinase et de lactate déshydrogénase plus élevées après la course chez les sportifs ayant eu des crampes ne permettent pas davantage d'affirmer que des lésions musculaires ont causé leurs crampes.

La récupération, le sommeil, les douleurs résiduelles et l'alimentation influencent la capacité à tolérer la charge suivante. Leur rôle propre dans les crampes reste difficile à isoler, mais ils doivent être examinés lorsqu'un joueur enchaîne les épisodes après des semaines chargées ou des repas insuffisants.

Une stratégie hydrique peut être individualisée en estimant la perte de masse pendant une séance représentative, en tenant compte du liquide consommé et de l'urine. Le but n'est pas de remplacer obligatoirement toute la sueur pendant le match, mais d'éviter une perte excessive comme une consommation forcée supérieure aux besoins.

Le sodium devient une hypothèse raisonnable lorsque plusieurs indices concordent : forte sudation, traces salées, effort long, chaleur, matchs multiples et alimentation peu salée. Les traces blanches sur les vêtements ou la peau restent seulement suggestives : elles ne quantifient ni la concentration de sodium de la sueur ni la perte totale. Même une mesure locale de la sueur n'estime qu'imparfaitement les pertes du corps entier [9]. Le sodium ne doit donc pas être prescrit à tout le groupe sur la seule base d'une crampe.

Les étirements avant le match empêchent-ils les crampes ?

L'étirement soulage une crampe en cours, mais cet effet immédiat ne prouve pas qu'un étirement réalisé avant le match modifie durablement la susceptibilité.

Une analyse de trois cohortes et d'une étude cas-témoins n'a pas montré que la fréquence ou la durée des étirements prophylactiques distinguait correctement les sportifs qui développaient des crampes [23]. Dans une étude, les personnes concernées rapportaient même davantage d'étirements.

Un travail de mobilité reste pertinent lorsqu'une limitation réelle gêne une fonction. Il ne constitue pas une assurance contre les crampes. L'échauffement doit plutôt préparer progressivement aux amplitudes, contractions, accélérations et gestes du match.

Quand faut-il demander un avis médical ?

Une crampe isolée après un effort inhabituel est généralement bénigne. Des épisodes fréquents, précoces, sans charge explicative ou apparaissant aussi au repos justifient une évaluation médicale.

Il faut arrêter l'activité et rechercher rapidement une aide devant :

  • des crampes généralisées ou touchant successivement plusieurs régions ;
  • une confusion, un comportement inhabituel ou une perte de connaissance ;
  • un effondrement ou une faiblesse extrême ;
  • des vomissements répétés ;
  • une rigidité ou une douleur persistante sans relâchement visible ;
  • une température corporelle très élevée ou une suspicion de coup de chaleur ;
  • une urine foncée après l'effort ;
  • une douleur thoracique, un essoufflement inhabituel ou des palpitations ;
  • une relation avec un nouveau médicament ou une maladie connue.

Dans ces situations, les étirements et les boissons ne doivent pas retarder la prise en charge appropriée.

Qu'est-ce que ces connaissances changent concrètement pour le football ?

Le club doit d'abord disposer d'une conduite commune : reconnaître une crampe probable, rechercher les signes de gravité, étirer doucement, réévaluer la fonction et ne pas renvoyer automatiquement le joueur sur le terrain.

Après le match, une fiche simple permet de suivre les récidives :

  • joueur, muscle et côté ;
  • minute et action précédente ;
  • minutes et charge des jours récents ;
  • poste et contexte ;
  • météo, boissons et repas ;
  • intervention réalisée ;
  • reprise, sortie ou récidive.

L'étape suivante consiste à choisir une hypothèse principale : préparation à la durée, exposition à l'intensité, endurance locale, renforcement, récupération, disponibilité glucidique, hydratation ou sodium. La stratégie est appliquée pendant une période suffisante puis réévaluée. Si elle ne change rien, il faut revoir l'hypothèse au lieu d'empiler les compléments.

Cette démarche reste accessible sans GPS, analyse de sueur ou matériel médical. Elle demande surtout de décrire les épisodes, de connaître la charge du joueur et de résister aux réponses automatiques.

À retenir

  • Une crampe est une contraction involontaire et douloureuse, pas toute douleur musculaire soudaine.
  • Les crampes associées à l'exercice sont probablement multifactorielles.
  • L'antécédent personnel et une sollicitation supérieure aux habitudes sont des signaux importants.
  • Une crampe ne prouve pas un manque d'eau, de sel, de potassium ou de magnésium.
  • La chaleur est un facteur de contexte et impose de rechercher une maladie liée à la chaleur.
  • L'arrêt et l'étirement statique doux constituent la conduite immédiate de référence.
  • Boire peut corriger progressivement un contexte hydrique, mais ne remplace pas l'étirement.
  • La disparition de la contraction ne suffit pas pour autoriser la reprise.
  • Le magnésium et la banane ne sont pas des traitements aigus démontrés.
  • Le jus de cornichon possède un signal expérimental, mais des preuves de terrain insuffisantes.
  • Les étirements avant le match ne préviennent pas les crampes de manière démontrée.
  • La prévention doit partir du scénario propre au joueur et de sa préparation aux exigences du match.
  • Des crampes répétées, diffuses ou accompagnées de signes généraux nécessitent un avis médical.

Références scientifiques

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